Le dîner


Il faut toujours se renseigner lorsqu’on est invité à dîner quelque part. Surtout lorsque la maîtresse de maison demeurée insiste lourdement, en tout cas assez pour que vous ne puissiez quasiment pas refuser cette aventureuse invitation, sur le fantastique apport physique et mental de la viande saignante.

Ne voulant imposer à nul autre le spectacle peu ragoûtant de ces deux pecnots en train de manger salement, et me racontant gueules pleines leurs dernières minables aventures, je me rendis donc seul à cet improbable dîner.

Et nous voilà donc, la matrone, son pleutre de mari et moi-même, assis autour d’une table crasseuse et branlante, sur des chaises probablement plus âgées encore que l’âge des deux gueux dégueu réunis.

Pour l’entrée nous commençâmes avec une salade composée. Je ne savais toujours pas ce qu’étaient ces boulettes de viande noire, mais force est de reconnaître que c’était tout simplement excellent. Je sauçais avec plaisir cette vinaigrette aigre-douce remarquable, restant coi devant l’excellence de ce début de repas.

Nous discutâmes un peu :

« – Et que faite vous dans la vie à part de remarquables dîner ? demandais-je à la cuisinière demeurée
– Je mange ce que je prépare, me répondit-elle en bavassant
– Ça se voit, répliquais-je en souriant. »

Elle se leva en produisant un bruit de vieux pneu usagé, puis dirigea d’un pas lourd son corps gras et difforme vers sa miteuse cuisine, afin de, supossai-je, en ramener le plat de résistance. Le vieux débris faisant office d’homme dans ce taudis ne parlant pas plus que ne l’aurait fait un chat castré en plâtre de Cazoul, je ne cherchais donc pas le moins du monde à engager quelque dialogue que ce fut.

Et c’est sur ces mentales pérégrinations que je vis la breloque qui servait de femelle dans cette crasseuse baraque ramener la suite : un gigot magnifique arrosé d’une appétissante sauce carmin. « – Au vin », pensais-je. Accompagnée de haricots roses d’une taille impressionnante, je dégustais goulûment cette succulente viande, sidéré encore une fois par l’excellence du goût. C’est repu que nous reprîmes le dialogue :

«  – Madame, vous cuisinez d’une façon remarquable, rarement je ne me suis autant régalé d’un dîner, déclamais-je.
– Il y a un secret, me répondit-elle sur un ton étrangement posé.
– Lequel ?
– Les ingrédients.
– Oui, c’est très important, un bon ingrédient fait un bon plat, mais le savoir-faire joue énormément.
– C’est vrai: il faut saigner, vider, découper.
– C’est difficile ?
– Tout dépend de l’âge.
– L’âge ?
– Oui, l’âge de l’invité précédent. »

FIN


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Laurent-Sylvain Déraille, dit LSD, sa copine Plume et son chien Asmodée prennent vie et dialoguent avec leur écrivain, Pateur ! C'est tranchant, sanglant et (très) impudique !


 

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