Mathieu Danel, l'homme qui voulait "connaître la sensation d'ôter la vie"


Les faits

C’est le mardi 19 juin 2018, en fin d’après-midi, que la route de Claire Reynier, 39 ans, et celle de Mathieu Danel, 26 ans, vont se croiser. Claire Reynier fait de l’auto-stop, à la sortie de Montélimar, dans la Drôme, afin de se rendre à Sommières, dans le Gard. L’apercevant au bord de la route, Mathieu Danel s’arrête et lui propose de l’amener à sa destination. Claire Reynier acquiesce et embarque dans le véhicule. Le courant passant bien entre les deux, Claire Reynier, une fois rendue à destination, environ 1 h 30 plus tard, propose alors à Mathieu Danel de lui faire visiter la ville, ce qu’il accepte. Aux alentours de 22 heures, après avoir dîné ensembles dans un restaurant du centre-ville, ils se rendent à Villevieille, petite commune proche de Sommières, pour une balade en forêt. C’est alors qu’il regagne son véhicule, garé en lisière de cette même forêt, que Mathieu Danel bascule :

« J’étais prêt à partir et je lui ai proposé de l’amener à l’hôtel. Elle a refusé en me disant qu’elle voulait rester là. J’ai été surpris parce que nous étions en pleine nuit, au milieu de nulle part. C’est en retournant à mon véhicule que je me suis dit que c’était un endroit isolé et désert, et que c’était l’occasion de tuer. Je me suis emparé d’une dague que je conservais en permanence dans mon véhicule au cas où l’occasion se présenterait. Quand elle a vu la dague dans ma main, elle m’a dit qu’elle ne voulait pas mourir. Je lui ai répondu que ça n’avait rien de personnel. Je l’ai alors frappée plusieurs fois à la carotide, à la tête, au cœur. Quand j’ai pensé qu’elle était morte, je suis reparti. On ne peut pas savoir si on aime un plat avant d’y avoir goûté. J’ai trouvé ça très neutre. ».

Sommières (Gard)

2 jours plus tard, le jeudi 21 juin 2018, vers 17 heures, Mathieu Danel se présente, souriant, au commissariat de Montélimar, pour « souhaiter s’accuser d’un crime ». Le corps de Claire Reynier est retrouvé, sur ses indications, en lisière de la forêt de Villevieille. L’autopsie conclura que Claire Reynier a été tuée de 17 coups de dagues, et que ses fractures et ses blessures aux mains « indiquent qu’elle a tout fait pour survivre ».


 

L'enquête et le procès

C’est au cours de l’enquête, menée par la brigade de recherche de Vauvert, et du procès devant la cour d’assises de Nîmes, dans le Gard, que se révèle l’étrange personnalité de Mathieu Danel. Au cours de sa garde à vue, les enquêteurs notent qu’il n’a « ni pitié, ni remords par rapport à son geste. Son seul regret est qu’en la tuant, cela ne lui a pas procuré de plaisir, contrairement à ce qu’il avait imaginé », ainsi « qu’une froideur extrême » lorsqu’il explique qu’il « voulait connaître la sensation d’ôter la vie. ». Mathieu Danel déclare également, pendant cette même garde à vue, ne pas se souvenir du prénom de sa victime, qu’il ne décrit physiquement que laconiquement. Lors de la perquisition à son domicile, du matériel informatique contenant des fichiers ultra-violents et indescriptibles est également découvert. Selon son avocat, Me Arnal : « Mathieu Danel s’est enfermé dans un personnage virtuel. Sa vie sociale se faisait surtout en ligne. ».

Gandarmerie de Vauvert (Gard)

Au cours du procès, Mathieu Danel reste aussi impassible que lors de sa garde à vue « Sur le moment, j’étais dans un tunnel, concentré sur le décès, j’ai frappé sans faire attention […] elle ou une autre, c’était pareil ». Selon les 3 experts-psychiatres qui l’ont examiné, même si Mathieu Danel présente « un trouble aux moments des faits, une légère altération de son discernement », il ne souffre d’aucune pathologie mentale. L’un d’eux explique également : « Ce passage à l’acte représente pour lui un aboutissement, une marque de sa saugrenuité, une forme de réalisation. Pour lui, être passé à l’acte est plus important que les conséquences de ce même passage à l’acte, ce qui peut expliquer son absence d’empathie pour sa victime et ses proches. ». Un de ces experts conclura : « Un jeune homme solitaire qui surinvestit dans le net par rapport au réel. La clef est dans l’imaginaire : qu’est-ce que ça fait de tuer quelqu’un ? ».


 

La condamnation

C’est donc le mardi 19 juin 2018, à la fin de sa soirée avec Claire Reynier, que Mathieu Danel va répondre à cette dernière question. Et la réponse fut tragique et pas « neutre » du tout. Les derniers mots de Mathieu Danel avant que le jury ne se retire pour délibérer seront les suivants : « Ça ne tourne pas rond chez moi. Je cherche quelque chose à dire à Claire et à sa famille, je ne sais pas quoi dire. Je n’ai pas choisi d’être qui je suis, j’ai choisi de faire ce que j’ai fait. ».

Palais de justice de Nîmes (Gard)

Environ 1 h 30 plus tard, le jury déclare Mathieu Danel coupable de meurtre avec préméditation et le condamne à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de 22 ans.


 

L'appel

Le vendredi 28 janvier 2022, Mathieu Danel a fait appel de sa condamnation. Selon son avocat, Me Arnal : « Le premier élément discutable, c’est la préméditation. Et puis le second point, extrêmement important, c’est qu’il s’est rendu de lui-même deux jours après les faits, à un moment même où le corps n’avait pas été retrouvé, et où personne ne savait que cette malheureuse personne avait disparue. Si vous condamnez quelqu’un à la peine maximale alors même qu’il s’est rendu de lui-même, le message que vous pouvez adresser au public c’est aussi ne venez pas avouer vos crimes, il n’y a aucun intérêt à le faire, parce que même si vous le faites, de toute façon, on vous condamnera à la peine maximale. »

Le procès en appel devrait se tenir d’ici 1 an. Gageons que d’ici là, Mathieu Danel, avec le recul qu’il aura sur son terrible passage à l’acte, pourra répondre aux dernières questions que se posent les proches de Claire Reynier.

FIN


 

Maëlys : une nuit en enfer0 (0)

Cet article contient le déroulement de l’enlèvement, de la séquestration et du meurtre de Maëlys de Araujo, 8 ans, à Pont-de-Beauvoisin, au cours de la nuit du dimanche 27 août 2017. La chronologie se déroule de 1 h 39 à 7 h 06. Les dialogues (non contractuels) sont les échanges tenus pendant le procès.

Mathieu Danel, l’homme qui voulait “connaître la sensation d’ôter la vie”0 (0)

Mathieu Danel a été condamné le mardi 18 janvier 2022 à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de 22 ans, pour le meurtre de Claire Reynier, le mardi 19 juin 2018, à Villevieille (Gard). Il a fait appel de sa condamnation le vendredi 28 janvier 2022.


 

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