Votz (Voix)


1/5 – Combaissament (Basculement)

Alors que la première, tombée à côté de la voiture, me répétait comme un mantra pendant que je la poignardais furieusement dans le ventre :

« – qu’est-ce que tu fais ? Tu me tues ?»

La deuxième, dans le coffre, s’est battue corps et âme pour résister. Je ne savais pas que qui que soit pouvait être aussi combatif avec tant de blessures aussi graves. Il y avait du sang et de la chair partout : sur elle, dans le coffre, et sur moi, qui me suis coupé à la main gauche. J’essayais de la poignarder dans l’œil, je me disais que ça la tuerait net, mais elle remuait violemment la tête. Son visage était lacéré, en lambeaux. J’étais terrorisé, mais je devais la tuer. C’était une terrible marche en avant et elle ne pourrait pas résister longtemps. Est arrivé le moment où sa force a brutalement chuté. Son cœur était probablement en train de lâcher du manque de sang et d’oxygène. Je me suis reculé et j’ai regardé cette épouvantable scène : elle continuait, quasi saignée, couchée dans le coffre, à se battre contre un ennemi imaginaire. Elle regardait fixement devant elle et battait des bras en avant, les poings serrés, en se vidant de son sang par à peu près toutes les parties de son corps. Elle a brusquement soulevé son dos au point de me faire reculer en sursautant. Le sang au fond du coffre a fait un bruit de succion épouvantable. Elle a essayé de crier. Ses cordes vocales en bouillie ne lui permettaient pas, mais elle a essayé. Encore une fois, j’étais fasciné par la résistance humaine à la douleur. Cette image me hante. Elle est fixée dans mon cerveau. Elle ne s’est résignée qu’une fois retombée dans le coffre.

Je me suis de nouveau approché et l’ai regardée. Je la voyais encore faiblement respirer. Je ne sais pas si elle était encore sauvable à ce moment-là. Je ne le sais pas et ne le saurais jamais. Je n’ai pas pu déterminer exactement l’instant de sa mort, mais cet instant M, ou l’âme et le corps se séparent, me fascine autant que le reste. Ce dont je suis sur c’est que quand je l’ai décapitée, elle était bien morte. Si le cœur bat encore, il y a une pression sanguine, et celle de l’artère carotide est assez élevée. Si c’est quelqu’un de vivant, attendez-vous à un geyser ! Mais là, rien. Le sang restant s’est vidé tranquillement. J’ai donc pu séparer sa tête du reste de son corps assez facilement.

J’ai refermé le coffre, j’ai tout ramené chez moi, puis j’ai déposé son corps sur mon lit :

« – Je ne vais pas la violer décapitée.
– Viole là décapitée. »

Je l’ai violée en regardant sa tête coupée, que j’ai ensuite posée sur le canapé, avant de m’asseoir à côté et de regarder un film : Snuff 102, de Mariano Peralta. C’est spécial comme situation, mais vous savez, si sur le coup ça vous dégoûte, ensuite, on s’habitue, comme à la voix :

« – Je ne vais pas prendre cette tête dans mes mains et l’embrasser.
Prends cette tête dans tes mains et embrasse là.»

J’ai pris la tête posée à côté de moi dans mes deux mains, l’ai mise face à mon visage, et je l’ai embrassée à pleine bouche. Je sentais le goût âcre du sang pendant que je fouillais sa bouche avec ma langue. Je l’ai reculée et l’ai regardée en face. Ses yeux mi-clos semblaient me fixer. J’ai eu du mal à me détacher de ce regard d’outre-tombe.

Le plus dangereux, c’est l’intériorisation et le manque de modèle. Ces deux paramètres simultanés sont explosifs. Dans les deux cas, ils vous renvoient à seulement vous-mêmes, et vous établissez vos propres règles pour y faire face. Le modèle ? Quel modèle ? Mon seul modèle m’a mis ça dans la tête, inconsciemment ou pas, je ne le saurais jamais. Puis vous intériorisez. Vous savez que ça, vous devez l’intérioriser. Pas pour la gravité, mais parce que vous savez que c’est une bêtise. Ce n’est « pas bien », comme un enfant qui vole des biscuits. Comment vous savez que ce n’est « pas bien » ? Il semblerait que les épouvantables autres humains qui vous entourent ne fassent pas ça, ou en tout cas, n’en parlent pas. Faisons pareil. Quand j’étais petit, je voulais toujours tout casser. Je ne ressentais pas quelque chose de définitif dans le fait de casser. Ça me troublait. Dans ma tête d’enfant, ce n’est pas tant l’objet lui-même que je voulais casser, je voulais surtout détruire ce qu’il représentait. Je ne concevais pas sa destruction comme définitive. Cela a tué la conception que j’aurais dû avoir de la mort comme irrémédiable. Quand je tue, je détruis une représentation, pas une personne, pas “quelqu’un”. Pour moi, ce n’est que le moyen d’atteindre le but : détruire la représentation. Je ne les tue pas elles, mais ce qu’elle représentent. J’anéantis cette représentation pour les garder à elles.

J’ai effacé beaucoup de détails de la première de ma mémoire. Tout ce dont je me souviens, c’est qu’il y avait du sang et des morceaux de corps partout, même de son crâne et son cerveau. Je suppose que j’ai dû fracasser sa tête et la démembrer. Je ne sais même plus si je l’ai violée, je ne m’en souviens plus. J’ai fini par me dire que j’avais volontairement oublié tout ça, sinon j’y serais retourné pour jouer avec son corps. C’est la seule pour laquelle j’ai des regrets. Pas des remords non, ça, je ne peux pas en avoir, mais des regrets, oui. C’est la première que j’ai tué. Le basculement. Je l’aime et la désire encore. Probablement que si je l’avais laissé en vie, probablement que si j’avais au moins essayé de communiquer autrement avec elle, rien de ce qui a suivi ne serait arrivé. Mais ça non plus, je ne le saurai jamais.

2/5 – Reporgença (Représentation)

Je détruis ce qu’elles représentent à mes yeux. Il n’y pas de raisons. Ni bonnes, ni mauvaises. En chercher une, c’est déjà une forme de justification, et il n’y a pas de justifications à poignarder deux étudiantes et en violer une décapitée. Il y a une intention, mais pas une raison. C’est au-delà du raisonnement. C’est des ouvertures et fermetures des barrières mentales à des moments clé du développement. Comment imaginer qu’un être humain normal peut décapiter une fille, la ramener chez lui, la violer, poser sa tête sur le canapé puis s’asseoir à côté ? Je n’ai pas séparé l’amour et la destruction au moment où cela aurait dû se faire. J’aime mes victimes, et les détruire est ma réponse aux stimuli de la séduction. Lorsque vous croisez quelqu’un, vous ressentez toujours quelque chose. C’est un rapport très animal quelque part : vous évaluez s’il y a une menace ou pas, puis vous agissez en conséquence. Moi, j’y vois en permanence une menace. Elles sont ma menace, elles deviennent mes proies, et je veux dévorer ces proies. Les fuir ne me suffit pas. Je veux les anéantir.

Je ne pense pas que ça ferait plaisir à la voisine de savoir que j’ai découpé son chat en 6 morceaux, et que je me masturbe 10 fois par jour en pensant à elle atrocement mutilée. En fait, je n’en sais rien, mais ça ne me semble pas de nature à lui faire plaisir. Je n’ai aucune empathie pour elle. Je n’ai pas souvenir de l’avoir seulement une seule fois imaginée autrement que comme ça. C’est étrange. Dans ma vie normale, je la trouve juste banale, et je ne pense pas que transparaisse ça, ces scénarios atroces. Je donne le change. Bien apparemment. Ça fait partie du jeu : approcher la proie. C’est très troublant et excitant.

C’est la première avec laquelle j’ai ressenti une pulsion de meurtre. La première que j’ai eue envie de tuer. Elle était passée me voir chez moi. Visite de courtoisie. Le shoot d’épinéphrine a été violent. Il m’a pris totalement au dépourvu. En un instant, je suis passé de l’envie d’elle comme tout à chacun, à l’envi de la posséder jusqu’à la tuer. J’étais dans la cuisine, en train de préparer du café, et c’est la première fois que j’ai entendu la voix, fuligineuse:

« – Je ne vais pas prendre un couteau et la tuer.
– Prends un couteau et tue là. »

J’ai pris un couteau dans ma main gauche et je me suis dirigé vers la porte de la cuisine. Je ne sais pas vraiment ce qui m’a fait reculer. Probablement que le fait d’être chez moi m’a fait me dire qu’on aurait su que j’étais le coupable. Mais je sais, maintenant, que si elle était entrée à cet instant dans la cuisine, je n’aurais pas pu résister à cette voix. Je suis donc retourné tranquillement m’asseoir auprès d’elle, sur le canapé. Elle n’a probablement pas remarqué que j’avais le couteau glissé dans ma ceinture, caché sous mon t-shirt. La voix était toujours là, sinistre :

« – Je n’ai pas envie de la violer et de la tuer.
– Tu as envie de la violer et de la tuer.»

J’avais très envie d’elle. C’était beaucoup plus fort qu’une attirance sexuelle normale. Je sentais la pression du manche du couteau sur ma taille. Je n’entendais plus vraiment ce qu’elle me disait, je n’entendais que la voix :

« – Je ne la violerais pas et ne la tuerais jamais.
– Tu la violeras et tu la tueras bientôt.».

3/5 – Perfial (Profil)

Nous recherchons tous, consciemment ou pas, un profil particulier. Ça peut flasher n’importe où, n’importe quand, et à ce moment précis, elle correspondait parfaitement au mien. La troisième. Jolie mais pas renversante. D’une affligeante banalité. Je ne crois pas trop à la théorie du « mauvais endroits, mauvais moments », je suis plus tenant de la causalité que du hasard… Mais là !

Il était environ 18 heures. Nous étions en novembre. Il faisait déjà nuit noire. J’étais garé sur un parking sans raisons particulières. J’ai vu passer un bus scolaire devant le parking et s’arrêter un peu plus loin. Elle en est descendue. Il y avait un point d’éclairage à cet arrêt. C’est là que je l’ai vu. Seule. Je ne sais pas d’où vient mon profil personnel, mais je savais qu’elle y correspondait. Je l’ai vu s’engouffrer dans un chemin. Un chemin que je connais, long et vide, sans éclairage. Elle allait donc forcément de l’autre côté. Je la regardais disparaître dans l’ombre de ce chemin qui semblait avaler sa dernière lumière, en m’interrogeant si elle accepterait de juste discuter avec moi, dans le noir, sur ce chemin du paradis à l’enfer ? Je savais déjà qu’elle refuserait, et que je si j’y allais, ce ne serait pas pour discuter. Je lui ai discrètement emboîté le pas. Elle ne m’a pas vu, et ne me verra finalement jamais.

J’ai ramassé une pierre, assez grosse. Je me suis approché suffisamment d’elle et je l’ai frappé avec sur l’arrière de la tête. Elle est tombée. Je l’ai traîné dans les bois par les pieds. C‘est un moment très troublant, très animal. Je traîne ma proie comme le Loup ou l’Ours le font. Eux c’est avec les dents, moi c’est avec les mains, eux c’est pour manger, moi c’est pour détruire. Je me posais encore la question de ce fameux profil. Qu’est-ce qui avait fait qu’elle m’avait attiré elle et pas une autre ? Ce n’était pas tellement une question de physique au sens propre du terme. Elle était jolie, mais sans plus. C’était autre chose qui m’avait attiré vers elle. Elle ne me semblait pas spécialement ressembler à quelqu’un que je connaissais, du moins, pas tant qu’elle était inconsciente. C’est quand elle a commencé à émerger et bouger un peu que j’ai eu un shoot d’épinéphrine dans le cerveau. J’ai eu comme une vision. J’ai vu des tas de gens dans son visage. Des gens que je détestais et haïssais. La représentation venait d’avoir lieu.

Elle essayait de crier, mais sa blessure à la tête semblait la paralyser. C’était cauchemardesque. Elle ne produisait que d‘étranges borborygmes mâtinés de sons aigus. Je savais qu’au bout du chemin il y avait des habitations, et même si ces feulements étaient faibles, je craignais que quelqu’un ne les entende. La terreur d’être où j’étais, mêlée à mon excitation, me poussait en avant. Je lui ai donné des coups de poings dans le visage. Plusieurs. Elle ne se défendait pas, n’essayait même pas. Je ne pensais pas avoir assez de force pour la tuer comme ça, mais ma rage et la violence de mes coups lui avaient totalement détruit le visage. Je l’ai brutalement violée. C’était une poupée de chiffon. Elle semblait totalement désarticulée. J’étais trop loin de ma voiture pour la ramener chez moi, et même pour aller y chercher mon couteau que j’avais laissé dans la boîte à gants. J’ai regardé autour de moi si je trouvais quelque chose pour la tuer. Je ne voyais pas grand-chose hormis des branches. La voix est revenue :

« – Je ne vais pas prendre une branche et l’enfoncer dans son sexe.
– Prends une branche et enfonce là dans son sexe. »

J’ai pris une branche et l’ai enfoncée dans son sexe. Profondément. Je ne regardais pas, mais je sentais des matières liquides et épaisses couler sur mes mains. Le son produit était épouvantable. Un mélange de succions et d’os brisés. Ce bruit allait me poursuivre longtemps. J’ai brutalement retiré la branche. Elle est morte les yeux ouverts. J’ai trouvé ça étrange, car jusque-là, ils étaient fermés. Probablement que la douleur lui a fait les ouvrir avant de mourir.

Je me demandais ce que j’allai en faire. Où plutôt, ce que j’allai lui faire. Ma pulsion n’était pas passée et la voix ne l’y encourageait pas :

«- Je ne vais pas briser ses jambes et ses bras.
– Brise ses jambes et ses bras.»

J’ai brisé ses jambes et ses bras. Je les ai simplement, à tour de rôle, retournés à l’inverse de leurs articulations normales. Je ne pensais pas que c’était aussi facile. Les craquements, quand les articulations ont cédé, m’ont fait frissonner. Mon excitation était toujours aussi forte. J’avais envie de jouer avec ce corps. La voix, toujours aussi terrible, ordonnait encore :

«- Je ne vais pas arracher ses yeux.
– Arrache ses yeux.»

J’ai posé deux doigts et mon pouce sur chacun de ses yeux ouverts. Mes doigts sur ses paupières et mes pouces dessous. J’ai appuyé fortement. Ils sont sortis assez facilement de leurs logements. Je les ai arrachés d’un coup. Je les ai regardés dans les paumes de mes mains et les ai enfoncés dans son sexe mutilé. Je l’ai regardé quelques minutes avant de partir. Je me suis dit que si à l’âge qu’elle avait, j’avais trouvé un autre moyen de les aimer, elle serait probablement toujours en vie.

4/5 – Arrapaletat (Opportunité)

Elle était rousse et lumineuse. J’étais sombre et pleins de Courroux. Contre eux. Car elle était accompagné de ce que je supposais être son fils. Pourquoi pleins de courroux ? Je ne sais pas. J’ai juste eu envie de la détruire. Elle correspondait à mon profil : cheveux longs, roux donc, mince, jolie, mais pas avec excès. Son présumé fils avait une dizaine d’années. Je n’ai pas de pulsions meurtrières avec les garçons, mais il était là. Je me suis mis à les suivre sans vraiment réfléchir. Je la regardais de dos. J’aimais sa façon de marcher. J’avais envie d’elle. Avec ce que peut signifier pour moi « avoir envie d’elle ». Je n’essaie même pas de communiquer normalement. J’en suis incapable. La seule et unique façon que j’ai de le faire avec elles est de les violer et les tuer. Je ne regardais pas le petit garçon, mais je savais que je devrais l’éliminer aussi. Ce sera une victime collatérale. La voix est arrivée :

« – Je ne le tuerai pas devant elle.
– Tu le tueras devant elle. »

Ils sont entrés dans un jardin, puis dans une maison sur deux étages. La leur, en ai-je conclus, vu qu’elle avait ouvert la porte d’entrée avec une clé. J’ai fait le tour, puis je suis entré dans le jardin en sautant une haie. Je me suis assis dans un coin et j’ai attendu la nuit. Je ne sais pas combien de temps, car il n’a aucune emprise sur moi. Personne d’autre n’est arrivé. Personne d’autre qui aurait pu les sauver de leurs sanglantes destinées.

Une fois la nuit tombée, je me suis levé et j’ai ouvert la porte. Non verrouillée. Terrible imprudence de sa part. J’ai atterri dans une cuisine. Pas un bruit. Il y avait un porte-couteau en bois posé à côté de l’évier. J’ai pris un Gyuto, un couteau japonais, dans ma main gauche. Je suis resté debout quelques instants, avec pour seule compagnie la voix :

«- Je ne vais pas monter à l’étage les tuer.
– Monte à l’étage et tue les.»

Je suis sorti de la cuisine et j’ai monté les escaliers jusqu’à l’étage, un couloir perpendiculaire. Il y avait 4 portes fermées. J’ai supposé que les 2 portes à droite étaient la salle de bain et les toilettes, car il y avait 2 petits verrous sous les clenches. À gauche, il y avait 2 portes fermées. Une au fond, et une autre sur le mur de droite. Je me suis approché de la première. Je l’ai ouverte doucement et j’ai regardé à l’intérieur. Elle dormait sur le dos. Sa longue chevelure rousse formait un soleil sur son oreiller. Elle était couverte jusqu’à la taille, seins nus. Je suis entré dans la chambre et me suis mis à gauche du lit. Je l’ai regardé dormir quelques minutes. J’allai devoir la réveiller pour tuer son fils devant elle.

Il y avait une lampe avec un pied en marbre sur la table de chevet, aussi réelle et menaçante pour elle que me semblait la voix pour moi :

« – Je ne vais pas la réveiller et fracasser sa bouche avec cette lampe.
– Réveille là et fracasse sa bouche avec la lampe. »

J’ai pris la lampe dans ma main gauche. J’ai approché mon visage de son oreille et j’ai murmuré : « – maman.». Quand elle a ouvert les yeux, j’ai abattu le pied de la lampe sur sa bouche. L’explosion organique a été violente. J’ai senti du sang, des dents et des morceaux de chair et d’os me fouetter le visage. Elle s‘est mise immédiatement à convulser. Je l’ai refrappée deux fois au bas du visage. Je ne voulais pas abîmer ses yeux, ni encore la tuer, car je voulais qu’elle voie ce que j’allai faire à son fils.

Elle était inconsciente, mais je voyais encore sa poitrine inspirer et expirer difficilement. Sa bouche explosée produisait un étrange sifflement bien trop faible pour couvrir la voix :

« – Je ne vais pas aller chercher son fils et le tuer devant elle.
– Va chercher son fils et tue le devant elle.»

Je suis sorti de la chambre et me suis dirigé vers la pièce du fond. Je suis entré à l’intérieur. C’était bien la chambre de son fils. Il était dans son lit, réveillé et terrorisé. Je n’avais encore jamais vu un tel regard de terreur. Je me suis approché du lit et lui ai donné un violent coup de poing au visage. Il était KO. Je l’ai porté et suis retourné dans l’autre chambre. Elle avait les yeux ouverts, mais semblait très faible. Je me suis remis devant le lit, ai mis son fils debout devant moi en le tenant par la taille, ai pris le Gyuto dans ma main gauche, puis je l’ai égorgé. Elle a vu jusqu’au bout. Il est tombé au sol en tremblant et en se vidant de son sang, ses pieds nus frappant le sol avec un rythme qui semblait faire chanter la voix :

« – Je ne vais pas la violer et l’étrangler.
– Viole là et étrangle là.»

Je suis monté sur le lit et je l’ai violée. Sans retenue. Elle ne bougeait pas. J’ai fait le tour de son cou avec la prise de la lampe et j’ai serré. Fort. J’entendais des craquements sinistres. Je ne sais pas si elle était déjà morte quand la voix, que je croyais au paroxysme de l’horreur, m’a semblé pire encore que d’habitude  :

« – Je ne vais pas ouvrir son ventre.
– Ouvre son ventre. »

J’ai enfoncé le couteau dans son sexe, lame vers le haut, et je suis remonté vers sa poitrine. Son abdomen s’est ouvert. Ses organes se sont répandus sur le lit. Elle n’était plus tout à fait rousse, car le sang avait foncé ses cheveux, et plus aucune lumière n’émanait d’elle. Mon Courroux contre eux était traduit. Et j’ai su par la suite que la voix n’avait pas encore atteint son point culminant.

5/5 – Fragadura (Rupture)

Ce que j’ai commis avec les deux dernières a été une rupture. J’ai définitivement quitté le monde des Hommes, et même pas rejoint le monde animal. Même un animal ne ferait pas ça, sciemment ou pas. Ce qui s’est passé est normalement indicible pour le monde des vivants, et je ne suis même pas certain que si l’enfer existe, il s’y passe ce qui s’est passé cette nuit-là, ni même si cet enfer, aussi effroyable soit-il, accepterait d’accueillir quelqu’un qui a fait ce que j’ai fait. S’il y a un endroit pour quelqu’un comme moi, c’est encore plus bas, plus profond, plus abyssal.

La voisine, celle que j’imaginais dans mes pires scénarios sanglants, m’avait laissé sa fille à garder. Mortelle erreur. C’est comme si une boucle se refermait. Elle était ma première envie de sang, elle deviendrait ma dernière en vie tout court. Aussitôt qu’elle fut partie, ce qui arriva était comme déjà écrit. Il n’y a même pas eu le petit coup de pression du genre : « – J’ai oublié les clés. » Où bien « – Je suis rentré plus tôt. ». Non. Rien de tout ça. Tout s’est déroulé sans que rien n’empêche leurs funèbres destins.

La 1re heure, je suis descendu loin en moi. Je suis allé chercher des ressources inhumaines pour résister. C’était comme une énorme bulle qui grossissait dans mon ventre et qui englobait jusqu’à ma tête. Je me demandais ce qui allait se passer quand la bulle éclaterait ? Elle était dans sa chambre, endormie, seule, et moi assis sur un fauteuil, pensant à elle, seul, écoutant la voix :

« – Elle s’appelle Léna, elle a 14 mois, et je dois la protéger.
– Elle s’appelle Léna , elle a 14 mois, et tu dois la tuer. »

Je ne savais toujours pas qui était cette voix, mais elle m’avait avalée. Je n’étais déjà plus ici. J’étais ailleurs, dans un autre monde terrifiant car je savais ce qui allait se passer :

« – Je ne dois pas aller dans sa chambre et la réveiller.
– Tu dois aller dans sa chambre et la réveiller. »

Je suis allé dans sa chambre, dans le noir, et je l’ai portée sur la table à langer. Elle s’est réveillée et s’est mise à pleurer. Je ne ressentais plus rien. Mon âme était juste un vide insondable. J’’entendais juste cette voix, sinistre, dans le noir :

« – Je ne dois pas la frapper pour qu’elle arrête de pleurer.
– Tu dois la frapper pour qu’elle arrête de pleurer. »

Je lui ai donné une violente claque pour qu’elle se taise. Elle ne bougeait plus. J’avais l’impression de planer au-dessus du sol. Comme si mes pieds ne le touchait plus. Probablement l’effet de l’épinéphrine dans mon cerveau. Et toujours cette voix sibylline :

« – Je ne dois pas la tuer avant que sa mère arrive.
– Tu dois la tuer avant que sa mère arrive. »

J’avais trouvé un ciseaux dans un tiroir. Je l’ai enfoncé dans son sexe. Brutalement. C’est rentré sans résistances. Tout était noir : son sang, ses organes qui se répandaient sur la table à langer, l’éther. Même la voix me semblait encore plus sombre :

« – Je ne dois pas la montrer à sa mère et la tuer aussi.
– Tu vas lui montrer et la tuer aussi. ».

J’étais assis sur un fauteuil, dans le salon, dans le noir. J’attendais sa mère. Je sentais la voix proche, tapie dans l’ombre, prête à ordonner.

La mère arriva :

« – Ça va ? Lena dort ?
– Oui, elle dort. Bien. »

Quand elle se tourna pour aller vers la chambre de sa fille, je la frappai sur la tête avec un fer à repasser qui se trouvait sur la table. Elle tomba au sol. Je l’allongeai sur le canapé. Elle émergea en même temps que la voix :

« – Je ne dois pas lui montrer sa fille.
– Va chercher sa fille et montre lui. »

Je me rendis dans la chambre et ramenai sa fille morte. Son regard, semi-conscient, se brisa en la voyant. Une larme roula sur sa joue. Elle essaya de dire son prénom, mais la douleur l’avait rendue aphone. Je posai le corps sur la petite table devant elle. La voix me semblait étrange, plus abstruse que d’habitude :

« – Je ne vais pas la violer et l’étrangler.
– Viole là et étrangle là. »

Je la déshabillai, la violai, puis l’étranglai avec le cordon du fer à repasser. Ses yeux ne quittèrent pas un instant le corps de sa fille posé à quelques centimètres de son visage. Quand elle fut morte, j’allongeai Léna à côté d’elle, la voix semblant presque brisée :

« – Tout est terminé.
– Suicide toi. »

En fouillant dans la salle de bains, j’avais trouvé une boîte de Kazépam pleine. J’avalai les 30 cachets avec un verre d’eau et m’assis dans le fauteuil. Je m’endormais paisiblement, en me sentant quitter le monde des Homme. La voix était toujours là :

« – C’est comme ça que ça finit alors ?
– Oui, c’est comme ça que ça fini.
– Tu resteras avec moi ?
– Oui, je resterais avec toi.
– Pour toujours ?
– Oui. Pour toujours. »

FIN


Mortel abécédaire¹: A-B-C0 (0)

Les confessions littéraires « À suivre » dérangeantes et hyper violentes d’un tueur en série suivant l’alphabet avec le prénom de ses victimes ! Il nous amène avec lui, en écriture interne, en « Je », dans les tréfonds labyrinthiques de sa propre psyché malade et malsaine, viciée et vicieuse, pélagique, jusqu’à une fin (très) inattendue.

Mortel abécédaire⁶: P0 (0)

Les confessions littéraires « À suivre » dérangeantes et hyper violentes d’un tueur en série suivant l’alphabet avec le prénom de ses victimes ! Il nous amène avec lui, en écriture interne, en « Je », dans les tréfonds labyrinthiques de sa propre psyché malade et malsaine, viciée et vicieuse, pélagique, jusqu’à une fin (très) inattendue.

Mortel abécédaire²: D-E-F0 (0)

Les confessions littéraires "À suivre" dérangeantes et hyper violentes d’un tueur en série suivant l’alphabet avec le prénom de ses victimes ! Il nous amène avec lui, en écriture interne, en « Je », dans les tréfonds labyrinthiques de sa propre psyché malade et malsaine, viciée et vicieuse, pélagique, jusqu’à une fin (très) inattendue…

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